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Qu'ils nous permettent de nous évader, qu'ils nous fassent rêver, rire, pleurer ou qu'ils nous irritent au plus haut point, ils sont l'émotion à l'état pur...
Alors Moa, je veux en parler, partager et avoir ton avis, Ô Hôte Curieux !

Quant à la lecture, plaisir solitaire, je découvre peu à peu que chacun recherche quelque chose de différent en ouvrant un livre... Quoi ? Telle est la question...
Je ferai ici un compte-rendu absolument pas objectif des livres qui se sont soumis à ma pupille...

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18 juin 2010

Maître Canine

Roman fantastique
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Dracula
de Bram Stoker
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disponible dans tout plein d’éditions, depuis 1897
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Ce qui est intéressant, avec ce roman, c’est qu’il est à l’origine de tout. Ou plutôt devrais-je dire, qu'il est l’origine de tout.
Vu sous cet angle, j’avoue, je bloque un peu… Comment résumer correctement le Mythe Originel ? Moa ça m'stresse... Alors je suis là, à chercher la manière de m’exprimer, pour accomplir sereinement ma tâche qui est de te parler d’un monument qui dépasse de loin la littérature…
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Oui, je vais commencer comme ceci : tout le monde connait Dracula. En revanche, tout le monde n’a pas lu le roman. C’est comme les contes de Perrault ou de Grimm, ou même L’Île au Trésor, ou encore les histoires de Jules Verne : chacun associe une ambiance, un nom, un scénario à ces références. Mais personnellement, je sais que je n’ai pas lu en version intégrale les romans cités. Mis à part Dracula. C’est ça qui est grand, avec ces œuvres, c’est qu’elles font désormais partie d’un savoir culturel commun, d’une identité culturelle que je dirais si je voulais faire dans le pompeux.
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Alors évidemment, quand on connait le mythe et qu’on s’attaque seulement ensuite au roman, on y trouve des différences, au niveau du style, de l’intrigue, des personnages, et au final, peu de choses correspondent à ton idée première, et par conséquent, érronée, de la bête ; sauf peut-être le fond… Et c’est bien là l’essentiel.
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Pour moa, Dracula, c’était un Comte. Avec de grandes canines. Il vivait dans un château isolé sur une montagne, en pierre noire, avec des gargouilles terrifiantes sur le toit, et le tout était entouré d’une forêt aux arbres morts. Il sortait la nuit pour s’attaquer aux pauvres mortels qui ne lui avaient rien demandé et leur execution ( ou son repas, tout dépend de quel côté on se place ) se déroulait dans la souffrance et le sang. Une fois repus, il laissait là le cadavre, laissant les villageois pleurer sur leur proche et embellir la légende. L’histoire était violente, la manière de faire l’était encore plus. Après tout, ce n’est qu’un démon hantant le small small world !
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Partant de là, je me disais que le roman se devait d’être terrifiant, n’allant pas dans la dentelle pour raconter les frasques du Comte Dracul, que ça devait saigner et gicler dans tous les sens. Un roman fantastique d’horreur quoi.
Mais non.
Et là ressort tout le génie du livre, c’est du fantastique racontant l’horreur sans parler horreur. Tu me suis ? Possible qu’on soit trop habitués à soumettre nos pupilles à des scènes violentes et sanglantes, voilà pourquoi l’œuvre de Bram Stoker est déroutante : par sa chasteté, je dirais.
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Parce que Dracula, c’est un roman épistolaire, alternant les mots de Jonathan Harker, celui qui va rendre visite au Comte directement chez lui dans les Carpates pour signer un accord immobilier avec lui ; les mots de sa copine, Mina Harker, qui tombera sous le charme du Démon ; les mots du médecin Van Helsing que je ne présente pas, et j’en passe…
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L’action est décrite selon leur vision, alors non, certes, ça ne nous ébouriffe pas la mèche. C’est davantage psychologique… Si au départ, ce qui vit Jonathan est glauque {lui, se retrouvant seul dans l’immense demeure ancienne du vampire, se baladant dans les couloirs infinis, rencontre soudain des formes brumeuses de femmes l’attirant, l’attirant, le charmant, le manipulant, est-ce un rêve ?...}, on apprend surtout à connaitre l’ennemi. Maintenant, quand on parle de vampire à Buffy, elle te dégaine ail, pieux et eau iodée, et fonce sur de la musique rock. A l’époque, on a plus de mal à croire qu’une telle créature habite la maison d’en face. On cherche alors à savoir, on cherche à comprendre. Parfois, les héros nous paraissent cucul, à cause de leur ignorance, mais si on replace tout dans l’époque, on les comprend, ces chastes personnes jamais tentées, qui se retrouvent soudainement face à la créature diabolique la plus complexe et la plus double qui soit.
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Hollywood a bien reprit la bête, en laissant de côté l’élément principal du roman : l’humanité de Dracula, son humanité qui transparait à travers l’Amour qu’il ressent et qu’il lui est impossible de donner, car cela serait synonyme de destruction. Destruction de l’être aimé, qu’il entrainerait dans l’abîme avec lui.
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Et tout ce joli monde, les « gentils », passent tout le long du roman à le traquer, pour le tuer. Mais ça dépasse le simple fait de vouloir le tuer pour tuer le vilain monsieur, bueurk ! ; ils en viennent à avoir pitié de lui, ils veulent certes « délivrer le monde d’une telle abomination », mais ils veulent aussi le délivrer lui, de cette vie de hantise sur Terre…
En fait c’est ça : Bram Stoker dépasse les clichés et donne une étoffe, une séduction sans précédent au Mal.
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Une étoffe étiolée puis remodelée au fil du temps… Bras droit de la Grande Faucheuse ou tout simplement individu maudit et tourmenté, l’imaginaire a largement brodé autour de cette figure. Peu importe à présent si Dracula a réellement existé ; peu importe si son règne a donné naissance à des personnages-types de prédateurs plus bestiaux qu’humains, puisqu’il est à l’origine d’un développement inouï du fantastique dans les arts. Au cinéma, c’est Murnau qui, en 1922, s’empare le premier de cette image vampirique, en créant Nosferatu, une Symphonie de l‘Horreur . Si le héros maléfique n’a rien d’un homme au premier abord, on se rendra compte que c’est l’amour, l’amour-même dont on le jugeait incapable de ressentir, qui le mènera à sa perte. Plus tard, Francis Ford Coppola donnera lui aussi sa vision de Dracula : une créature bien plus humaine que diabolique, cherchant, là encore, à retrouver son amour perdu. Mais là, on y reviendra...
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Ce seront ainsi les femmes, bien que mortelles, qui conduiront les enfants de la nuit vers la mort…
Délivrance du monde ? Ou délivrance du vampire ?
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Cette idée, très fidèle à Monsieur Stoker l’irlandais, est peut-être l’idée la plus pure et la plus noble qui compose le fond du roman, à mon avis. C’est cette dualité et cette torture qui m’a tant plu dans la saga de Anne Rice qui donne son côté fascinant à la figure vampire.
Pour avoir introduit ce concept dans l’imaginaire collectif, moa je dis merci à Bram.
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Voilà.

3 commentaires:

PetitChap a dit…

Bien bien bien... J'ai pris un peu de retard dans la lecture de ton blog...

Ma lecture de Dracula est finalement assez récente. Elle date d'il y a trois ou quatre ans, pas plus. Je ne m'attendais pas à ça, en fait. Je ne savais pas que c'était un roman épistolaire ; ça m'a surprise, et puis ça m'a grave ennuyée. Je l'avais lu à l'époque suite à un article que tu avais écrit sur ton premier blog, et aussi parce qu'elgJyn, blogueur surdoué, élevait ce bouquin au rang de chef-d'œuvre.

J'ai été déçue, vraiment déçue. Mais avec du recul, je me dis qu'il mérite peut être une deuxième lecture...

David a dit…

ah ben comme petitchap, je l'ai attaqué il y a quelques années sans pouvoir trouver d'accroche sur la durée. Mais comme elle, je vais sûrement m'y remettre, pour me ressourcer un peu, vampiriquement parlant, tant ces pauvres "longues quenottes" sont défigurés par l'industrie cinématographique et le besoin de représentants pré-pubères.

A voir en film, l'ombre du vampire, avec willem dafoe et john malkovitch, racontant le tournage du film nosferatu avec dans le rôle principal, un vrai vampire!

Vladkergan a dit…

Ces dernières années, nombreux sont ceux qui contestent au Nosferatu de Murnau la paternité du premier film sur Dracula, qui serait du coup attribué à un film Hongrois intitulé Drakula halala : http://www.imdb.com/title/tt0240464/

Pour le reste bonne chronique du roman de Bram Stoker, dont le côté épistolaire est, je trouve, une des meilleures réussites du genre.

On ne peut comprendre totalement le roman vampirique sans connaître le roman de Bram Stoker qui, avec Le Fanu et son Carmilla et Polidori avec son Vampire, est un des prototype littéraire (du moins pour la partie narrative) du genre. Ma chronique du Dracula de Bram Stoker