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Les films...
Qu'ils nous permettent de nous évader, qu'ils nous fassent rêver, rire, pleurer ou qu'ils nous irritent au plus haut point, ils sont l'émotion à l'état pur...
Alors Moa, je veux en parler, partager et avoir ton avis, Ô Hôte Curieux !

Quant à la lecture, plaisir solitaire, je découvre peu à peu que chacun recherche quelque chose de différent en ouvrant un livre... Quoi ? Telle est la question...
Je ferai ici un compte-rendu absolument pas objectif des livres qui se sont soumis à ma pupille...

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6 oct. 2014

Les Oiseaux


Bird Box
de Josh Malerman

Calmann-Levy

Sept 2014

350 pages

*****


Oh là là, c'est bien connu, je n'aime pas les histoires qui font peur. Ca me fait peur. Et après, je deviens encore plus paranoïaque qu'à la normale. Les fantômes, les zombies, des maniaques de la tronçonneuse et les clous dans le genou, très peu pour moi.

Mais Bird Box, ce n'est pas ça.
Bird Box, c'est une histoire de fous. C'est un récit post-apocalyptique où jeter un regard dehors, où voir ce qui attaque mène au suicide. C'est gênant pour savoir ce qu'il se passe. Et quand on ne sait pas, on invente, on récolte la moindre bride d'info (réelle ou fantasmée) afin de tenter d'expliquer ce malheur qui nous tombe sur le coin de la courgette. Pour savoir. Ne serait-ce que savoir ce qu'il se passe...


Malorie ne sait ni pourquoi ni comment, mais elle sait que quelque chose risque d'anéantir le genre humain. Mais elle n'est pas Bruce Willis en collant, elle n'est pas destinée à sauver le monde. Sauver sa peau, et celle de l'enfant à naitre, c'est déjà un programme compliqué.

Alors, s'armant de courage, elle va sortir, elle va affronter l'extérieur, les yeux bandés et tous les autres sens en éveil...

Quelle impuissance décrite ici ! Quelle fragilité ! 
Bird Box est un récit tout en sensations, que ce soit un sentiment de peur, d'amour, d'espoir, ou l'impression fugace de n'être pas seul là, dans la cour...

Bird Box, c'est un murmure.
Bird Box, c'est une caresse spectrale, c'est un souffle mortifère qui joue dans vos cheveux tandis que vous êtes au beau milieu de nulle part, aveugle, tremblant et désarmé, piètre sac de viande hurlant silencieusement son désir de vivre dans un chaos grandissant.


C'est aussi probablement bientôt un film, qui, s'il le veut bien, pourrait être aussi magnifique que terrifiant.

5 mars 2014

Traffic de Bleue

Breaking Bad

Créée par Vince Gilligan

avec Bryan Cranston, Aaron Paul, Anna Gunn...

5 saisons
 
2008


*****


Eh ben, voilà une série qui serait bien capable de me réconcilier avec elles... (rapport à Lost... tu sais... bref !) même si elle est horrible...
Enfin, je ne vais pas pouvoir en causer sans spoiler, parce que non seulement les spoiler sont maladifs chez moi, mais aussi parce que là, ne rien dire ne servirait à rien, parce que je ne pourrais exprimer mon ressenti, et à ce compte-là, autant ne rien dire du tout.

Attention Chef d’œuvre !

Tout commence le jour des 40 ans de Walter White, un prof de chimie éminemment intelligent un brin effacé, où il découvre avoir un cancer des poumons... A un stade très avancé... Fatal même. Sa famille n'est pas spécialement dans le besoin, mais ne roule pas sur l'or non plus : la preuve en est qu'il doit se ruiner la santé à faire un deuxième boulot pour payer les factures. Sa femme a arrêté de travailler, cause bébé en attente. Son ado est malade. Walter décide alors de récolter de l'argent, beaucoup d'argent, afin de mettre sa famille à l'abri quand il sera mort.
Voilà, le décor est planté, et n'a rien de réjouissant.

 Il renoue avec Jesse, un de ses anciens élèves, un cancre trop choupi mais un peu crétin qui deal de l'herbe à ses heures perdues : à eux deux, ils vont produire des méthamphétamines. C'est que ça se vend comme des petits pains ces petites choses ! Et Walt connait la chimie, il sait de quoi il cause.

Commence l'aventure la plus importante de leurs vies, car on ne se met pas sur le marché du cristal sans se heurter au cartel et aux mexicains à la gâchette facile. Ah oui, et je t'ai dis que son beau-frère était agent des Stup ? Histoire de corser la chose.

{ SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER}
 
Sauf que Walter, qui s'est toujours écrasé dans sa vie, pliant l'échine devant tout le monde, a décidé qu'il valait mieux que ça, et toute sa rancœur, ses frustations jusqu'alors enfouies au plus profond de son être vont ressortir de la manière la plus abjecte, la plus violente, la plus concentrée possible.
Walter est intelligent, c'est ce qui fait sa dangerosité. Il n'agit pas en fonçant tête baissée dès que quelque chose va se travers (comme le ferait Jesse, qui est jeune et insouciant), mais va y penser... et le régler.

Leur parcours est le symbole de leur évolution, toujours tiraillée entre le désir de sortir la tête de l'eau et celui de plonger davantage dans la noirceur qui ne demande qu'à s'échapper de leurs entrailles. Le pouvoir rend fou, c'est un fait établi. Mais Breaking Bad nous démontre cet adage dans un réalisme puissamment furieux, campant des personnages forts et scindés en deux, des quidams qui sont confrontés à la brutalité du monde. Et là, je ne parle pas que de l'univers de la drogue, mais aussi de leurs sentiments, de leur détresse et de tout ce qu'ils peuvent engendrer.
Je crois que ce serait un exemple parfait pour disserter pendant des heures au sujet de l’Être Humain, et de la société décadente dans laquelle nous vivons. Une société qui attend de nous certains devoirs, certains comportements, nous obligeant à emprisonner ce guerrier sanguinaire assoiffé de vengeance que fut notre viking d’ancêtre, et qui pourtant fait partie de nous.

C'était à la fois impertinent et ingénieux, enragé et terrible, effroyable et prestigieux.

Breaking Bad, ou la plus grande claque dans la gueule télévisuelle que j'ai jamais eue. La preuve, je n'ai jamais autant pleuré devant une saison ni autant craint les épisodes qui allaient suivre (même pour Game Of Thrones, ce ne fut pas aussi violent). Et pourtant, cette série fut ma drogue pendant un laps de temps important...
Magistral !

Décadence Viennoise

Littérature Historico-Aventureuse


L'Incroyable Histoire de Wheeler Burden,
 de Selden Edwards

Cherche Midi

Janvier 2014

650 pages


*****

Et si vous vous retrouviez propulsé 100 ans dans le passé, à un moment crucial de l'Histoire, seriez-vous prêt à changer l'avenir, et donc à risquer de détruire le monde dans lequel vous êtes nés ? En a-t-on seulement le pouvoir ? C'est la question qui est posée à Wheeler Burden, fière et décadente star du rock qui déteste passer inaperçu.

Tu me connais, Cher Hôte, les voyages dans le temps sont un de mes sujets de prédilection ! Alors dès que je peux, je m'y colle, en ayant l'espoir de trouver une aventure digne de ce nom. Et ce roman était assez original pour prétendre au titre de voyage fantasmé : un homme, en la personne de Wheeler, expansif et grande gueule, icône rock des années 80 se retrouve du jour au lendemain envoyé en 1880 à Vienne. Pourquoi cette date et ce lieu ? C'est ce qu'il va tenter de découvrir, en arpentant la ville faste et flamboyante. Il y fera des rencontres étonnantes (il va se confier à Freud, prenant de ce fait le risque de modifier un des fondements de la psychanalyse moderne), instructives (son père s'est également retrouvé là où il n'aurait pas du) ou dangereuses (et si Adolf Hitler, alors âgé de 8 ans, vivait à quelques pas de lui ?). 

On s'en sort avec une histoire riche, remplie de références culturelles et scientifiques, et de réflexions temporelles qui feraient presque mal au crâne si on y pense de trop, mais il est tellement agréable de se triturer les méninges avec elles !... *air amoureux dans le vague*

Wheeler se rend alors compte qu'il avait peut-être besoin de ce voyage dans le passé pour se comprendre lui-même, ses origines, sa famille qu'il ne connait que très peu ; que ce voyage était nécessaire pour qu'il se construise. A moins que le Temps ne puisse se contrôler, et qu'il fait de nous ses marionnettes, pour ajouter un peu de piment à son existence cyclique... Va savoir ! ;)

Conspiration Scientifique

 Roman dramatique




Deux Secondes de trop
de Rachel Joyce

XO Éditions

février 2014

370 pages



*****



En fait, j'ai voulu lire ce livre juste parce que je trouvais que la couverture était très belle (et aussi accessoirement parce que ça parlait de secondes en trop... On ne se refait pas ! hihi)
C'est l'histoire de Byron, 11 ans, "qui apprend un jour de son meilleur ami que 2 secondes vont être ajoutées au temps, afin de faire coïncider l'heure officielle avec la rotation réelle de la Terre." Sauf que dès qu'il apprend cette nouvelle, Byron s'inquiète : on ne devrait pas jouer avec le temps, ça ne peut que finir mal. (Comme quoi, même en étant si jeune, on peut ressentir, ou pressentir, des choses fondamentalement vraies sans forcément avoir les mots ni les explications pour les expliquer.)
Au moment fatidique, lorsque Byron voit sur sa montre l'aiguille des secondes reculer, il insiste pour montrer le phénomène à sa mère, au volant... C'est là que drame survient. La collision est inévitable, une petite fille a été renversée, et c'est à ce moment que leurs vies basculent...

Nous arpentons le récit à travers les yeux (et la tête) de ce petit garçon, qui ne comprend pas tout autour de lui, les conversations des grands lui échappent parfois, mais qui met un point d'honneur à décortiquer, analyser, expliquer les événements d'une manière scientifique, il n'y a que comme ça qu'il pourra comprendre et aider sa mère. Car il veut plus que tout protéger sa mère (de son père rigide, de la police, si elle apprenait l'accident, de cette ombre qui s'est installée depuis peu sur le visage si joyeux de celle qu'il idéalise et qu'il chérit...) Avec son ami James, ils vont élaborer un plan d'action, afin de la sortir de cette panade et lui rendre son sourire. Mais œuvrer dans une maison où chaque chose doit être à sa place, où on doit sauver les apparences (par rapport aux voisins, aux connaissances) au détriment de son bonheur n'est pas chose aisée...

Ça nous donne un joli roman sur la destinée incertaine du commun des mortels. Analyser le quotidien bourgeois et guindé d'une aristocratie nouvelle à travers les yeux d'un enfant est une manière de dédramatiser les conventions sociales mais aussi d'apporter beaucoup de fraicheur à ce roman bouleversant.

3 mars 2014

Le hamster qui se prenait pour un homme

Jack et la mécanique du cœur

par Stephane Berla & Mathias Malzieu

avec Mathias Malzieu, Olivia Ruiz, Grand Corps Malade...

5 fev 2014


*****


A chaque album son livre, et à son livre son film (en tout cas, pour ce conte là, ce fut l'avancée logique et attendue).
L'histoire de Jack, qui est né le jour le plus froid du monde. Son cœur, tout gelé, fut remplacé par une horloge. Dès lors, sa vie devra tourner autour de 3 règles absolues :
1/ Ne pas toucher à ses aiguilles
2/ Maitriser sa colère
3/ Ne jamais Ô Grand Jamais il ne devra tomber amoureux.

Sauf que Jack, quand il rencontre la jolie Miss Acacia, du haut de leurs dizaines d'années, ne maitrise rien du tout ! Le cœur a ses raisons que la raison ignore... Oubliant les règles et les devoirs, faisant fi de la prudence, il va tout quitter pour la retrouver, elle qui a du s'enfuir vers le sud. Accompagné d'un certain Georges Meliès et de son cinématographe, il traversera l'Europe, rencontrera une troupe de "monstres de foire", pour tenter de conquérir le cœur de sa belle.
J'en avais parlé ici, l'histoire reste la même. D'ailleurs, c'est ça qui est bien quand l'auteur du livre réalise le film : l'adaptation est parfaite.^^

Influencé par Tim Burton (à n'en pas douter) pour ses personnages, et l'esthétique général du film, j'aime ! Dans une ambiance mi-gothique mi-freaks, nous arpentons le monde pour suivre une histoire d'AmuUur avec un grand A, pour profiter de la vie, pour se laisser aller à ses rêves et désirs les plus fous.

C'est donc un joli petit film que nous avons là, avec une bande son portée par la voix de ce cher Mathias, et ça, c'est bien. 
Seul bémol : ils n'ont pas osé nous mettre la chanson du hamster, je me demande pourquoi... :P

4 févr. 2014

Ténébreuse

Roman de Fantasy

La Romance de Ténébreuse
{Intégrale I}
de Marion Zimmer Bradley

Pocket

2012

997 pages


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Quand j'ai entamé cette intégrale, j'ignorais absolument où je mettais les pieds. Sauf peut-être que Marion Zimmer Bradley est un nom dans le domaine de la fantasy, et qu'il fallait bien que je prenne connaissance de ses écrits.
Trois romans dans ce roman, avec un seul point commun : la planète, qui n'est pas la Terre.

Le premier récit - La planète aux vents de folie - (de loin mon préféré) est assez étonnement de la pure SF : un astronef s'écrase sur une planète inconnue. Les terriens, qui auraient du coloniser un autre astre que celui-ci, se retrouvent bien malgré eux à devoir s'adapter à leur nouvel environnement. Trop de monde il y a sur la Terre, et trop peu de ressources et de denrées pour la survie de tout le monde. Aussi, toute une génération fut élevée directement dans des vaisseaux, en vue de leur expédition sur d'autres planètes. Cet état d'esprit est monnaie courante, et même habitude et éducation. Lorsque leur astronef se retrouve hors d'usage, deux clans se forment naturellement : le capitaine du navire, qui n'est capitaine que s'il y a navire, désire plus que tout réquisitionner les hommes et les ressources pour le réhabiliter ; de l'autre les colons, qui sont là pour prendre possession de la terre, et non pour passer les dix prochaines années à apprendre des connaissances scientifiques dont ils n'ont cure. Ils veulent s'établir. Malgré ces vents inquiétants qui ont sur eux des conséquences étranges...
J'ai adoré cette entrée en matière. Tout ce que l'inconnu apporte, toutes ces possibilités d'avenir qui pointent leur bout de nez. Ce constat terrible qui est soumis aux survivants : vous êtes bloqués ici, tout ce qu'ils vous reste à faire, c'est tenter désespérément de repartir, de garder le lien (ou tout du moins l'espoir) avec la technologie, vos connaissances et votre passé, vos souvenirs, votre identité, ou alors de repartir de zéro, et de conquérir, avec votre sang et vos gènes une nouvelle terre, afin d'engendrer une nouvelle ère. C'est terriblement effrayant, tout en étant incroyablement remplie de perspectives inouïes.

Les deux autres récits - Reine des orages & La belle fauconnière - sont opposés à cette entrée en matière. Ils se déroulent des milliers d'années plus tard. 
Et c'est là que j'ai eu un peu de mal, parce que je m'imaginais bien refaire le monde avec les survivants du premier épisode, partager leurs craintes et leurs faux-pas, découvrir lentement ce que la planète avait à leur offrir et leur cacher. Sauf que nous n'avons pas eu ce privilège. Seulement le droit de constater que la mémoire est chose fugace... Et que l'être humain possède une merveilleuse capacité à s'adapter. Car désormais les habitants de Ténébreuse ont le laran, un pouvoir inscrit dans les gènes qui peut prendre différentes formes : celles de communier avec les nuages, de lire dans les pensées, de voir le passé, le présent et l'avenir, etc. 

Récits de fantasy faisant foi, nous voilà plongés dans un royaume en proie aux guerres et aux changement de mentalité. Les femmes s'émancipent, et là, on voit bien que c'est une femme qui a écrit ces romans. La volonté de décrire un monde qui opprime le sexe fort est bien trop présent pour qu'on le prenne au sérieux. "Je suis une femme libre" par là, "Je ne veux pas être l'esclave de mon mari" par ci, "Je suis aussi intelligente que toi" en fin de paragraphe, sont tout autant d'idées certes évidentes, mais qui aurait fallu, à mon goût, distiller avec un peu plus de parcimonie, dans des moments plus opportuns qu'à chaque page pour faire nous bourrer le crâne. C'est dommage, parce que ça m'a un peu gâché ma lecture.

Je vais donc rester sur ce premier texte, qui, avec seulement 200 pages, tient bien plus de promesses que bien des romans. Lecture OBLIGATOIRE !

Libération Sexuelle

Roman érotique
 
Sex in the kitchen
de Octavie Delvaux

La Musardine

2014

380 pages


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A l'heure où notre bonne société puritaine se vautre dans le stupre sans connaitre ni même respecter les lois du Sado-masochisme, il a bien fallu que moi aussi, je m'engouffre dans la brèche, si je puis dire, et me lance dans une lecture coquine, afin de comprendre ( Ô Esprit Scientifique de toujours ) pourquoi un tel engouement se fait ressentir pour des choses de la vie jusque là gardées dans le secret de la maison (ou tout du moins, dans les oreilles indiscrètes des copines).

Non, je ne parle pas de Fifty Shades, mais d'une histoire française (oui Curieux Hôte, la french-touch du baiser) au titre évocateur (mais en anglais...).
Sex in the kitchen, ou l'histoire de Charlotte, jeune prude bien au chaud dans son couple plan-plan et de ses deux copines, Déborah la maitresse SM et Morgane la fashonista nymphomane. Le jour où Charlotte découvre que son mec la trompe, c'est le drame de sa vie. Poussée par ses amies à faire une croix sur ce macho débile et irrespectueux, elle va oser ce qu'elle ne s'est jamais avoué, et va basculer dans la luxure et le plaisir orgasmique à l'état pur.

Bof vas-tu me dire, encore une histoire de débauche pour quadragénaire en manque de sensations fortes ! 
Plutôt une histoire pour filles décoincées du plug vais-je te répondre. Parce que oui, il y a des passages fort coquins, mais également de franche rigolade. Les trois copines parlant au même niveau aussi bien d'expériences sexuelles débridées que de cuisine bio et d'essayage vestimentaire quotidien. 
C'est moderne et frais. Drôle. Et carrément truculent.

Pourquoi pas après tout...

17 janv. 2014

Désolation, oui...

 Pour fêter la nouvelle année, et, dans l'espoir de tenir ma bonne résolution de dépoussiérer cette taverne, commençons par gueuler un peu...

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Le Hobbit, la Désolation de Smaug
par Peter Jackson

avec Martin Freeman, Richard Armitage, Ian McKellen...

11 dec 2013

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Une question se pose donc : comment, honnêtement, je me pose la question, comment peut-on avoir créé Le Chef-d’œuvre, avoir réussi à filmer l'extase et la perfection cinématographique, avoir donné vie à la fantasy sur la Grande Toile avec un tel souffle épique et majestueux, comment peut-on dénaturer à ce point ce qui a conditionné pendant si longtemps sa vie ?
L'argent me diras-tu. Et à ce stade, je pense que tu as bien raison, et cela m'attriste à un point tel que tu ne peux l'imaginer...

Ce n'est pas le fait que le Hobbit soit une trilogie en soi qui est désespérant, c'est que pour donner de la matière à une trilogie, il faut avoir des choses à raconter. Et là, le film pèche. 

Il n'y a plus rien de féérie, tout est devenu vaine ambition... ou plutôt bas clichés à vomir.
Je ne sais même pas par où commencer. Peter Jackson a fait un film d'aventure, où pas un pet de silence ni de temps mort ne vient souffrir sa machine infernale. De l'action, il y en a à la pelle. Je m'attendais presque à voir débarquer Vin Diesel et ses gros bras pour faire péter la forêt des Elfes. Ah ben non, niveau Rambo-attitude, on a déjà Légolas qui est deviendu un être abject qui préfère partir en pseudo-vendetta pour tuer tous les orques de la planète, pour un amour perdu en la personne d'une rousse qui doit avoir mal au dos à force de bomber le torse, même qu'elle n'existe même pas dans l'univers de Tolkien.

Alors là, pour faire durer le film, il y a du monde pour inventer des scènes cul-cul la praline (le pseudo amour entre l'elfe et le nain, ridicule, niaiseux à pleurer), mais pour reproduire les scènes du livre, il n'y a plus personne ! Je pense au passage avec Béorn, ici présenté comme un vieil ours esclave qui déteste tout le monde alors qu'il n'en est rien, à la manière hollywoodesque qu'on eue les nains pour investir un lieu qui n'aurait pas du être violé de la sorte, et à la soirée passée en compagnie des vaches alors qu'elle aurait dû être remplie de rire et d'histoires racontées au coin du feu. Pourquoi avoir changé cela ? Il n'y a aucune raison.
Je pense également au passage dans la forêt enchantée, qui n'a de fidèle que les araignées tueuses. Mais là encore, ce fut une scène ingérable, où toute magie s'est évanouie. Qu'en est-il de l'eau de la rivière qu'il ne fallait pas boire, au risque de perdre Bombur et de devoir le trainer alors qu'il est très lourd ? Qu'en est-il de la vision d'un banquet elfique où fête, chants et danses sont au rendez-vous, puis disparait, comme si ce n'était qu'une vision de l'esprit, acte mental, mirage féerique ? 
Pourquoi encombrer le spectateur d'actes magiques me diras-tu ? On est en présence d'un film d'action, pas de fantasme... Non, on préfère passer 30 minutes à tenter de comprendre le combat personnel des elfes roux contre des gobelins vilains pas beaux et très méchants.

Une succession d'aventures périlleuses qui tient plus du jeu vidéo que du cinéma. La descente dans les tonneaux devient une bataille où éviter les flèches rapporte plus de points au compteur, où la ville de Dale est régie par un pseudo-monarque tiré d'un vieux téléfilm de Noël retraçant le XIVe siècle en Biélorussie, où le sauveur de l'humanité qui est très lié par son passé doit tuer Smaug avec la seule flèche qui a survécu au désastre qui a mené sa famille à l'opprobre publique (mon Dieu, on tremble, va-t-il réussir là où son père a échoué ? Le suspense est intenable !!!!)... Bien évidemment, on arrive à la confrontation finale avec le dragon, qui est peut-être la seule chose de réussie dans le film. Mais bavard comme il est, ça ne pouvait que durer 3 plombes, et du coup, notre Bilbo international ne craint plus trop pour sa liquette, surtout que remettre en route des machines qui n'ont pas servies depuis 3000 ans est un jeu d'enfant. Quant à ce final où l'or fond pour recouvrir la mine... Aussi bien horrible visuellement qu'intellectuellement.
Même les décors naturels ont cédé la place aux retouches en images de synthèse : la preuve en est de ce vert fluo qui recouvre les Terres du Milieu !

Non, décidément, je suis bien d'accord avec la dernière phrase du film qui devrait, je l'espère, hanter Peter : "mais qu'avons-nous fait ?"...